Après la bêta de Fedora 42 la semaine dernière, c’est au tour de Canonical de présenter la préversion de son Ubuntu 25.04, alias Plucky Puffin (macareux moine). Le système, dont la version finale est prévue le 17 avril, comporte une série d’améliorations plus discrètes que sa concurrente, mais dispose quand même de composants très récents.
La nouvelle mouture d’Ubuntu sera bientôt disponible, même si elle ne concernera qu’une partie du parc installé. Il ne s’agit en effet pas d’une version LTS (Long Term Support). Par défaut, les personnes utilisant Ubuntu 24.04 LTS resteront donc sur cette plateforme. Seuls les utilisateurs ayant choisi de rester sur le cycle semestriel recevront la mise à jour.
Contrairement à Fedora qui sert de laboratoire à Red Hat, les nouveautés des Ubuntu sont souvent plus discrètes. Dans le cas de la prochaine 25.04 cependant, les composants fournis sont les derniers (dans l'immense majorité des cas), y compris pour le noyau Linux.
Des composants très récents
Cette bêta intègre les dernières briques disponibles, y compris le très récent noyau Linux 6.14. Publié il y a quelques jours, il comporte des améliorations majeures. Par exemple, le pilote NTSYNC simulant les primitives de synchronisation du noyau Windows est terminé, avec des gains de performances dans certains jeux. Le pilote AMDXDNA permet quant à lui l’exploitation du NPU des processeurs Ryzen AI. Citons également une suspension et une reprise plus rapides pour certains systèmes, des opérations cryptographiques plus rapides pour AES-GCM et AES-XTS sur les processeurs AMD modernes ou encore une avancée pour la prise en charge des pilotes écrits en Rust.
Sans surprise, l’édition principale d’Ubuntu est fournie avec GNOME 48. Nous n’allons pas refaire toute la liste des apports. Rappelons simplement que cette version présente une nouvelle police par défaut, de nombreuses mises à jour pour les applications internes, une nouvelle liseuse de documents (Papers, qui remplace Evince), un meilleur support de Temps d’écran à travers tout l’environnement, ou encore le regroupement des notifications selon la source.
Côté composants système, on peut citer l’intégration de systemd 257.4, Mesa 25.0.x, PipeWire 1.2.7, BlueZ 5.79, Gstreamer 1.26, Power Profiles Daemon 0.30, OpenSSL 3.4.1 et GnuTLS 3.8.9. Pour le développement, on pourra compter sur Python 3.13.2, GCC 14.2 (malgré la disponibilité de GCC 15, déjà présent dans Fedora 42), glib 2.41, binutils 2.44, Java 24 GA, Go 1.24, Rust 1.84 (par défaut, plus ancien disponible), LLVM 20 et .Net 9.
Pour ce qui est des applications, on retrouve la « bande » habituelle : Firefox 136, Thunderbird 128, GIMP 3.0 (fraichement sorti), LibreOffice 25.2.2, VLC 3.0.21, Blender 4.3.2 (mais pas la 4.4) ou encore Audacity 3.7.3.
Quelques changements sous le capot
Les nouvelles versions d’Ubuntu ont beau être discrètes sur les changements visibles, elles comportent souvent une longue liste d’améliorations ou modifications internes. On commence avec un cas pratique : le service de géolocalisation. Ubuntu a longtemps utilisé celui fourni par Mozilla. La fondation a cependant annoncé son arrêt il y a un plus d’un an, pour laisser le temps de trouver des solutions alternatives. Dans le cas d’Ubuntu, il s’agit de BeaconDB, toujours expérimental. Il est utilisé pour la détection du fuseau horaire, la météo et la fonction Lumière nocturne.
Ubuntu 25.04 prend également en charge le Dynamic Boost de NVIDIA, activé par défaut pour les machines compatibles. Cette fonction est responsable de l’allocation dynamique des calculs au CPU ou au GPU en fonction des besoins. C’est elle qui permet notamment cette bascule vers le GPU lorsqu’un jeu est détecté. La fonction existe depuis un certain temps sur Linux, mais n’avait pas encore été intégrée dans Ubuntu. C’est désormais le cas, via le service nvidia-powerd (automatiquement désactivé sur les configurations non compatibles).
On reste dans la partie graphique avec le support « officiel » du HDR. Les guillemets sont de rigueur, car si le réglage est disponible, il n’est pas activé par défaut. Il n’apparait d’ailleurs dans Paramètres > Affichage que si un écran compatible est détecté. En outre, il s’agit d’un travail en cours, qui ne fonctionnera pas toujours et qui – pour l’instant – coupe malheureusement les raccourcis clavier pour modifier la luminosité de l’écran.
On note aussi la dernière révision de NetworkManager (1.52) avec plusieurs ajouts notables. Par exemple, le support de DNS over TLS (DoT), le support des configurations Oracle Cloud et d’ethtool FEC, ou encore la possibilité de prioriser IPv6 lorsque possible. Puisque l’on parle de réseau, signalons le support de wpa-psk-sha256 pour les connexions Wi-Fi, la possibilité de configurer une politique de routage, ou encore celle d’attendre que des serveurs DNS soient configurés (et joignables) pour considérer qu’une interface est effectivement en ligne.
Des améliorations dans l’installeur
Sans partir sur une base totalement neuve comme dans Fedora 42, l’installeur d’Ubuntu 25.04 comporte plusieurs améliorations sympathiques. Il est notamment capable de détecter les installations existantes d’Ubuntu. Il ne propose pas de mettre à jour par ce biais, mais on peut choisir d’installer Plucky Puffin aux côtés du système actuel, sans y toucher, tant qu’il y a suffisamment d’espace disponible non partitionné.
Cette détection améliorée s’étend aux systèmes Windows en place et prend donc mieux en charge le dual boot, y compris quand la partition Windows est chiffrée via BitLocker. Dans ce cas, Ubuntu peut être installée sans « casser » le boot, là encore à condition qu’il y ait suffisamment d’espace disque non partitionné.
Le support des configurations ARM64 fait également un bond, grâce justement à des améliorations dans l’installeur. La préversion du système prend ainsi en charge l’ensemble des configurations Windows on ARM à base de puces SnapDragon, y compris les PC Copilot+ intégrant des SnapDragon X. Attention cependant, cette version nécessite encore du travail et est fournie surtout pour rendre compte de l’avancée des travaux. En outre, la logithèque est nettement moins fournie.
Petits ajouts et téléchargement
Comme toujours, on trouve un peu partout de petites améliorations, mais qui ont parfois un impact important. Par exemple, le paquet xdg-terminal-exec est installé par défaut. Conséquence ? On peut désormais appeler le terminal par le raccourci clavier Ctrl + Alt + T. D’ailleurs, les nouvelles fenêtres s’ouvrent maintenant au centre de l’écran.
On note aussi une série de nouvelles icônes pour des applications comme Logiciels et EarTag. Puisque l’on parle d’icônes, Ubuntu 25.04 corrige un petit problème apparu avec la version précédente du système, où certaines applications avaient une icône légèrement plus grande que d’autres. Plucky Puffin a bien sûr un nouveau fond d’écran mettant en avant le macareux.
Le téléchargement de l’image ISO peut se faire depuis cette page pour la distribution principale, ou depuis celle-ci pour l’une de ses variantes. Comme d’habitude, on rappellera qu’il s’agit d’une préversion et qu’elle peut contenir des bugs et autres incompatibilités.
Les personnes intéressées par des tests (notamment pour vérifier la compatibilité des applications) ont trois semaines avant que la version finale soit proposée en téléchargement. Dans la foulée, toutes les installations ayant actuellement Ubuntu 24.10 recevront la mise à jour.
Ubuntu 25.04 : une version solide derrière un calme apparent